3 mars 2009

DE BRUXELLES A LEOPOLDVILLE…

Vingt bougies pour Bruxelles et une petite merveille à lire et à relire

Étonnant livre que ce recueil paru dans le cadre du vingtième anniversaire de la région de Bruxelles-Capitale sous le titre prometteur de Miscellanées Bruxelloises! Il fait d’entrée de jeu penser aux géniales Miscellanées de Mr Schott, sorties en 2005, qui avaient connu un joli succès en librairie. Le terme savant ‘miscellanées’ qui évoque un compromis entre dictionnaire, almanach et vade-mecum cache en fait une amusante compilation de textes, d’anecdotes et d’informations (des plus importantes aux plus futiles) sur notre belle ville de Bruxelles. L’éditeur Francis Danemark appelle à juste titre son nouveau-né un livre-mosaïque - à l’image de la ville patchwork qu’est Bruxelles. Puisqu’on est dans la capitale de la zwanze, l’ouvrage présente tête-bêche une version française et une version flamande. Les Miscellanées bruxelloises/Brussels Mengelwerk comportent plus de quatre cents entrées : le lecteur passe ainsi du poids moyen d’un Bruxellois (hommes et femmes confondus : 68 kg pour 1,69m) à la différence entre le lambic et la gueuze. L’historien belge Roel Jacobs prend visiblement un malin plaisir à nous perdre joyeusement dans le dédale de ce labyrinthe : il nous informe tous azimuts sur le nombre de pharmacies par habitant, le top 10 des prénoms bruxellois, la jonction Nord-Midi et l’implantation des communautés européennes. Il nous raconte les amours contrariées de Charlotte Brontë et l’origine saint-gilloise des choux de Bruxelles. Il nous enchante avec les plus belles réalisations de Victor Horta et l’ouverture de l’école de danse d’Anne Teresa De Keersmaeker tout en faisant un détour par la cuisine : comment, diantre, accommode-t-on les choesels au madère? Bref on s’instruit en s’amusant parce qu’il faut souligner que le ton est drôle et enlevé. Le livre, en outre d’être très joliment relié, est donc un excellent moyen de toucher à la substantifique moelle de Bruxelles.

Miscellanées bruxelloises, La Région, sa ville et ses communes,
Collectif, éditions du Castor Astral, collection Escales du Nord, 320 pages.

(Article publié dans le Vif L'Express du 27 février 2009)

Tout ça ne nous rendra pas le Congo…


Moiteur tropicale et détective dépassé au cœur d’un Katanga survolté : pas de doute nous voilà plongés dans le nouveau roman d’Alain Berenboom. Michel Van Loo, détective de son état et à ses heures perdues grand consommateur de gueuze grenadine, n’a pas tellement changé depuis Périls en ce royaume. Il est toujours vaguement à côté de ses pompes: un loser têtu et attachant qui aurait bien du mal à dénouer l’affaire qu’on lui confie sans l’aide précieuse et déconcertante de trois pygmées impertinents. En route donc pour le Congo où Michel Van Loo doit élucider pour son ami Jacques van Tieghem (autre personnage récurrent) une affaire de cambriolage. Belle occasion pour l’auteur de passer en revue les remous de cette année 1948 dans notre colonie belge. Une colonie gangrenée par des espions soviétiques attirés par l’uranium du sol katangais, des groupuscules indépendantistes et des coloniaux imbus d’eux-mêmes - et pas toujours très réglos. Et, sous le prétexte du polar, un tableau plus contemporain qu'il n'y paraît des causes de la violence dans l'est du Congo et de la détresse de sa population. Comme toujours dans les romans d’Alain Berenboom, à côté d’un contexte historique avéré, il y a une jolie galerie de personnages plus improbables et loufoques les uns que les autres. Le roi du Congo, sans aucun doute le plus picaresque de ses romans, joue sur les clichés et allie avec brio le ton ironique et l’écriture piquante.

Le roi du Congo, par Alain Berenboom, Bernard Pascuito éditeur, 390 pages
(Article publié dans le Vif L'Express du 27 février 2009)

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